Bolloré avance, nous aussi ! Quelques pistes pour soutenir massivement les luttes en cours.

Le cinéma est cerné

Vicent Bolloré met son empire culturel en ordre en vue des éléctions présidentielles. Et ça s'accélère. On a vu ces dernières semaines, le PDG de Grasset se faire licencier et des centaines d'auteurices déserter 1 et, plus récemment, le président de Canal+ déclarer qu'il ne travaillerait plus avec les signataires de la tribune de Zapper Bolloré 2.

La campagne pour désarmer l'empire Bolloré s'est lancée à l'été 2024 après la dissolution de l'Assemblée Nationale. Cherchant des prises pour contrer la possible arrivée de l'extrême droite au pouvoir, viser les milliardaires qui l'arment et la financent est devenu une évidence pour des centaines de collectifs. Vincent Bolloré est l'un d'eux : en revendant certains de ses secteurs industriels 3 - ports et logisitique - il a pu redéployer massivement ses investissements dans la culture : édition avec Hachette en 2023, cinéma avec Canal en 2015, radio en 2020 avec Europe 1, presse écrite avec le JDD en 2024, télévision avec la création de CNews en 2017 et salle de cinéma avec le rachat en cours du groupe UGC. Son but : une guerre culturelle pour son projet de civilisation d'une France blanche, hétéro, identitaire et en ordre.

Ce que fait Bolloré en France, et que l'on nomme ici extrême droite, est ce qu'il a toujours fait dans sa carrière en Afrique et en Asie : une stratégie de colon. C'est pour cela qu'un industriel du bois et du papier est devenu un magnat de la culture, pour influer sur les pouvoirs à sa guise. Avec son agence de communication Havas, ses chaines de télé et sa place dans l'industrie musicale avec Uniervsal, il a pu manipuler des élections en Afrique de l'Ouest. Se servir de la culture pour faire en sorte que le pouvoir élu soit à sa botte. Il est actuellement poursuivi pour corruption au Togo et en Guinée pour corruption. Ce que fait Bolloré en France n'est pas un test, il réimporte en métropole ses stratégie coloniales pour faire advenir au pouvoir un régime autoritaire, raciste et réactionnaire, meilleur pour ses affaires et en accord avec son idéologie.

Il faut penser depuis les stratégies de son empire sinon on se condamne à l'impuissance. La méthode est toujours la même : manoeuvres boursières crapuleuses, scandale et mise au pas violente qui se fait plus ou moins rapidement. C'est la même histoire qui s'est joué à Europe 1, I-télé devenu Cnews, Grasset, Fayard, le JDD et Canal avant tous les autres par la suite : changement de direction brutal et inflexible, grèves et départs massifs, indignation sur le moment puis silence gené... Son management autoritaire est à l'image du monde qu'il veut faire advenir. La seule manière d'y résister est de ne pas reproduire sans cesse les mêmes erreurs et de tisser des résistances par delà les mondes, les supports culturels et les métiers. Souvent, les travailleurs et travailleuses de la culture pensent que la meilleure stratégie est celle de passer entre les gouttes : "Cela arrive aux journalistes, mais jamais il ne pourra toucher aux écrivains". "Cela arrive aux éditeurs, mais jamais il n'osera s'en prendre au cinéma", "Nous, on peut créer comme on l'entend, on verra plus tard si ça se corse". Sortir de cette logique individualiste demande des prises de paroles publiques, collectives et des actes en conséquence. Désarmer Bolloré prend ce pari, Zapper Bolloré aussi à sa suite. Si Maxime Saada, le président de Canal+, cible des actions collectives, c'est que nous tenons quelque chose d'important qu'il faut faire grandir massivement, et c'est surement une des pistes sérieuses pour attaquer l'empire Bolloré.

Nous apportons notre total soutien à Zapper Bolloré et aux 600 travailleurs et travailleuses de l'image qui ont signé la tribune. Face aux menaces de censure de la part de Canal, nous appelons à ce que cette tribune soit signée et relayée encore plus massivement, histoire de rendre cette liste noire intenable et ridicule. Les signataires tiendront si beaucoup d'autres dans leurs professions ont le courage de se montrer solidaires et que le public se tient à leur côté et les aide à faire sans Bolloré.

A la fin, le problème n'est peut-être pas tant que Bolloré possède les industries culturelles majoritaires, mais que ces industries existent sous cette forme et peuvent être rachetées par des millardaires réactionnaires. Autrement dit, le problème n'est peut être pas tant que Bolloré détienne Hachette ou Canal mais que des choses comme Canal et Hachette existent. S'il nous faut porter une attention à toutes les personnes qui ne peuvent pas faire autrement que de travailler dans les industries de Bolloré et les aider dans leurs luttes, nous devons aussi appuyer toutes les manières de créer des images, des sons et des textes qui échappent aux logiques purement marchandes, se donner les moyens de soutenir avant tout les productions indépendantes de ces milliardaires . Sans quoi, ces formes peuvent de toute manière être capturées par un capitalisme de plus en plus ouvertement autoritaire et fasciste.

Bolloré avance, nous aussi ! Après une année de campagne de nombreux liens se font fait avec les travailleurs et les usageres des industries culturelles de Bolloré. Partout les luttes se mettent en échos et se nourrissent les unes des autres. Des mots d'ordre naissent : faire fermer les points Relay, empêcher CNews de diffuser, boycotter Hachette et UGC, déserter son bollotravail, ne plus avoir les manuels scolaires de Bolloré dans les classes, rendre les terres volées par la SOCFIN aux paysannes camerounaises et cambodgiennes, etc.. Des actions se montent, des grèves se lancent, des mobilisations prennent. Bolloré met son empire en marche pour les présidentielles de 2027, soyons à la hauteur pour de le désarmer !

Que faire ? Voilà quelques piste pour soutenir massivement les luttes en cours contre Bolloré dans le cinéma, les médias et le livre :

  • Faire fermer, par tous les moyens nécessaires, les médias Bolloré de CNews au JDD, en passant par Europe 1.
  • Résilier ses cartes UGC, aller occuper les cinémas, y regarder à plusieurs des films gratuitement, y placarder largement la tribune de Zapper Bolloré et siffler très fort le logo de Canal.
  • Se désabonner en masse de Cacanal+
  • Empêcher le bon fonctionnement des point Relay devenus, depuis leur rachat par Bolloré, des espaces de propagande d'extrême droite dans les gares et les aéroports.
  • Rejoindre les luttes en cours des travailleurs et travailleuses des industries culturelles de Bolloré : les salariés de Prisma Média, les grévistes d'UGC comme aux Halles, les cinéastes attaqués par Bolloré etc...
  • Diffuser par milliers des marques pages et stickers pirates dans les livres Hachette, les relay, dans ses cinémas, une nouvelle série arrive vite !

Et si vous avez envie de faire plus d'actions contre l'empire de Bolloré, nous vous invitons à lire les "14 propositions de gestes" que nous avions faites pour Combat ! Front commun contre l'extrême droite, la nouvelle revue éditée par Nova, les Inrockutibles, Blast, l'Humanité et Street Press : (mettre le lien du texte)

Footnotes

  1. Voir notre lettre aux autrices de Grasset

  2. La tribune de Zapper Bolloré

  3. Bolloré est toujours investi dans les secteurs emblématique des industries de la surveillance et du contrôle via ses entreprises Blue et Automactic System notamment, ou encore de l'huile de palme avec la Socfin et se spoliations brutales de terres au Cameroun notamment.

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